Le blog - De la coupe aux lèvres

11 novembre 2009

Ne pas s’endormir sur ses lauriers !

Classé dans : Général — Roland Puippe @ 14 h 45 min

Roland Puippe

 

Dans une précédente chronique, je relevais le manque de hiérarchisation des vins valaisans.

Qu’importe la qualité ou les différences de qualité, tous les vins de la première catégorie sont vendus sous l’appellation générique AOC. Tout au plus, quelques rares communes vitivinicoles ont fait l’effort leur permettant de bénéficier d’une appellation « grand cru » mais cette reconnaissance ne peut concerner qu’un maximum de quatre cépages.

Une récente dégustation confirme une fois de plus que la législation valaisanne est insuffisante.

Cette dégustation se déroulait à Bâle : Weinprämierung La Sélection 2009.

Pour la petite arvine, sur une dizaine de crus présentés, la plus haute note affichait 83,3 points, donc sans médaille. Des vins ternes ou frappés par une verdeur désagréable. Le cornalin ne fut pas à la fête non plus. Une seule médaille d’argent (un vin magnifique auquel je n’ai pas hésité de donner l’or) sur dix crus présentés, c’est vraiment peu, alors que les autres se situaient presque tous au-dessous de 80 points. Verdeur marquée était un défaut récurrent. Résultats analogues pour les crus de fendant et d’humagne blanche, m’a soufflé l’un des membres du jury.

Que tous les vins valaisans ne soient pas des coqs, qu’ils soient de qualité inégale, cela se conçoit aisément mais qu’il ne soit pas possible de les différencier à l’achat dénature l’image vinicole valaisanne. Quelle réflexion fera le consommateur en dégustant des vins de qualité moyenne, pour ne pas dire douteuse, portant la même appellation que les crus vantés par le marketing de l’Interprofession de la vigne et du vin du Valais, notamment en faveur des deux cépages autochtones que sont la petite arvine et le cornalin ? Je doute que le consommateur lambda garde une image d’excellence de sa dégustation. Tout le monde ne peut faire le déplacement de Fully lors de la grand’messe de la petite arvine, la prochaine les 20 et 21 novembre (Arvine en capitales), manifestation qui révèle le réel potentiel de ce cépage d’exception, lorsqu’il est cultivé et vinifié avec rigueur et passion.

Il serait donc urgent que le Valais vitivinicole élabore un règlement qui lui permette de commercialiser ses vins avec une grande transparence qualitative.

Et que l’on ne me rétorque pas qu’une hiérarchisation des vins serait trop compliquée à mettre en place, puisque les Vaudois, eux, ont réussi la gageure. D’ailleurs tous les partenaires de l’Interprofession vaudoise sont unanimes à se déclarer satisfaits du nouveau règlement qui distingue les « premiers grands crus » (5% de la production, dégustation obligatoire), les « grands crus » (30 à 35% de la production) et les AOC générales pour le reste de la production.

Puisse le Valais ne pas s’endormir sur ses lauriers !

20 août 2009

Fendant, exceptionnelle diversité. Comment s’y retrouver?

Classé dans : Général — Roland Puippe @ 10 h 28 min

Le fendant 2008, les fendants 2008 révèlent de nombreuses superbes réussites. La nature y est certes pour beaucoup mais il semble bien, depuis que le Valais a sacrifié quelques hectares de chasselas au profit des spécialités, créant ainsi un nouvel équilibre entre l’offre et la demande, que les vinificateurs ont accompli un nouveau pas qualitatif significatif.  Le millésime 2008 est à cet égard révélateur.

Cette qualité accrue ne gomme heureusement pas les différences importantes entre les divers chasselas élevés en Valais, diversité  complexe due notamment à l’hétérogénéité des sols et des micro - climats.

Comment s’y retrouver dans ce labyrinthe ? Par la dégustation, évidemment ! Mais tous les consommateurs n’ont pas ce loisir.

Comment déceler sur le marché un fendant minéral prononcé, un autre fruité ou floral dominant, un autre à caractère plus exotique ou à la vivacité marquée? Rares sont les contre – étiquettes explicatives.

Il y eut dans un passé récent (années 90 et premières années de ce siècle) des exemples éphémères d’identification.

Didier Joris, dans son guide Vin de Passion, avait répertorié les vins selon le type de vinification et leurs caractéristiques spécifiques. On retrouvait les fendants dans six catégories : « fruité, floral, typé cépage », « fruité et terroir, mariage judicieux », « typé terroir et caractéristique de son appellation », « terroir dominant », « type amylique » ou encore « légérement doux ».

Une autre tentative de classement selon les régions a été l’œuvre des initiateurs du concours, hélas abandonné, « Goûtons nos gouttes » des années 90. Ses concepteurs avaient proposé aux concurrents un essai de description des caractéristiques régionales du chasselas (Haut-Valais, Rive gauche, Louable Contrée, Sion Centre, Coteaux du Soleil et Coude du Rhône).

Ces deux démarches de classement avaient leurs avantages et leurs défauts. Le deuxième par exemple ne mettait pas en évidence les exceptions à l’intérieur d’une même région.

Toujours est-il qu’un guide des chasselas serait de nature à répondre aux nombreuses interrogations des consommateurs.

Pas plus tard qu’en 2005, dans la Revue des Vins de France, Olivier Poussier, meilleur sommelier du monde 2000, mettait en exergue cette diversité exceptionnelle du Valais :

« Le chasselas, quand il est bien né, est d’une extrême sensibilité à la diversité des sols, à son exposition, ainsi qu’à l’altitude. Cette différence offerte par les terroirs se montre complexe dans le Valais. Ainsi, vous trouverez les fendants les plus minéraux à Martigny, Ardon, Fully et Vétroz, les plus amples et les plus gras à Chamoson et sur les coteaux de Sion, les plus puissants à l’amertume minérale sur les coteaux de Sierre. Une complexité désormais comprise et domptée par les meilleurs vignerons du Valais qui, aujourd’hui, déclinent leur fendant en leur imprimant des degrés d’identité de terroir plus ou moins affirmés. Cette tendance et cette démarche valorisent ce cépage souvent déprécié en termes de prestige dans le Valais. »

Alors à quand un guide des chasselas ? Qui prendrait l’initiative d’une description annuelle des crus issus de ce cépage emblématique du Valais?

Roland Puippe

28 juin 2009

L’AOC des vins du Valais, illusion…

Classé dans : Général — Roland Puippe @ 20 h 06 min

L’Interprofession de la Vigne et du Vin du Valais a communiqué, vendredi 26 juin, les limites quantitatives de production pour les vendanges 2009.

Pour la catégorie I (AOC Valais), les limites sont de 1,4 kg/m2 pour le chasselas et 1,2 kg/m2 pour les autres cépages blancs et les cépages rouges.

Le Valais avait trouvé, début des années 90, une parade à la surproduction endémique que connaissait le canton. Si l’AOC a provisoirement réglé le problème quantitatif, il n’a de loin pas, du moins à mon avis et à celui de nombreux professionnels, apporté une solution satisfaisante à la quête qualitative. Passe encore que l’AOC englobe l’ensemble de l’aire viticole valaisanne, mais qu’elle fixe des limites aussi élevées de production pour mériter l’appellation constitue une source d’étonnement, voire d’incompréhension. On me rétorquera que les producteurs de vins sont libres de fixer des limites plus basses et que certains ne s’en privent pas. Fort bien, mais ce n’est pas suffisant car l’image que véhicule le Valais s’en ressent négativement.

La plupart des pays producteurs qui nous entourent connaissent des limites largement inférieures à la Suisse pour élaborer leurs vins d’appellation.

Prenons l’exemple de la syrah. Une (un) Côte-Rôtie, cru des Côtes-du-Rhône septentrionales, au sud de Lyon, ne doit pas dépasser 40 hl/ha, soit 4 dl au m2, ce qui représente un peu plus de 500 gr au m2, soit une petite moitié de la quantité autorisée en Valais. Heureusement que bien des producteurs valaisans s’approchent des normes françaises, sinon il leur serait impossible de rivaliser avec leurs homologues de la région d’Ampuis.

Il en va de même pour la plupart des cépages et autres assemblages. Quand je songe que le Valais organise le Mondial du pinot noir et qu’il n’a pas la volonté de se donner les armes qualitatives de ses ambitions, cela me sidère. Dans ces conditions, il apparaît clairement que le Valais se contente de jouer dans  les ligues inférieures, même s’il fait de gros efforts de marketing pour donner l’illusion de courir avec les meilleurs.

Il n’existe pas de distinction formelle entre la gamme moyenne, voire inférieure, et le haut de gamme valaisan, car il existe dans tous les cépages et surtout dans les surmaturés. Pour le commun des mortels, impossible de distinguer entre une syrah 500 gr de Denis Mercier et une syrah basique de 1,2 kg.

A quoi servent les efforts de l’IVV pour promouvoir les cépages autochtones que sont la petite arvine et le cornalin si c’est pour retrouver côte à côte dans le commerce et portant le même nom de merveilleux crus valaisans et des vins issus du plus petit dénominateur commun!

Alors, commençons par revoir l’ordonnance AOC, qui vieillit mal, il faut bien en convenir.

Je me souviens que des tentatives de révision s’étaient heurtées à des forces d’inertie particulièrement virulentes. Ah le beau paradoxe !

Roland Puippe

26 avril 2009

Exportation pour les nuls!

Classé dans : Général — Mots-clefs : — Roland Puippe @ 17 h 20 min

Le Valais peine, euphémisme, à exporter ses vins et ce ne sont pas les quelques rares propriétaires-encaveurs qui excellent en ce domaine, qui infirmeront le constat d’échec.

Pourtant, la condition objective principale, la qualité, est remplie pour réaliser avec succès ce que d’autres régions vitivinicoles réussissent avec bonheur.

Depuis un quart de siècle, le Valais a consenti des efforts considérables pour donner de ses vins une image de premier de classe. Ce n’est pas forfanterie de le déclarer puisque de nombreux crus du Valais ont acquis une renommée mondiale lors de multiples confrontations internationales et autres dégustations organisées aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. Les commentaires élogieux émanent aussi bien de professionnels de contrées les plus diverses que de consommateurs avertis.

Alors, qu’est-ce qui cloche? Selon plusieurs experts aux avis concordants, le Valais souffre de plusieurs défauts majeurs, tant au niveau de la production que du marketing.

Le Valais nourrit trop de cépages et cette dispersion ne permet pas d’assurer un suivi régulier et suffisant au niveau des exportations.

Corollaire de ce premier défaut, le Valais n’a pas su ou pu développer une politique d’exportation crédible faute de ne pas avoir mis en valeur les cépages avec une réelle chance d’attirer les consommateurs étrangers.

Au niveau marketing, le Valais vitivinicole travaille en ordre trop dispersé.

Corollaire de ce défaut de marketing, le Valais ne cible pas efficacement les marchés qui pourraient faire décoller  les ventes.

Viser des crus qui ont une chance de réussite ne signifie pas qu’il faille s’engouffrer dans la panoplie des cépages de réputation mondiale qui inondent les marchés européens et d’outre-mer. Par contre, il serait opportun de miser sur des cépages, également de réputation mondiale, qui n’ont pas une emprise planétaire et qui ont fait leurs preuves sur sol valaisan. A titre d’exemple, on peut citer le riesling et la syrah. Car, il n’est pas certain que les seuls cépages autochtones, par manque de comparaison possible, soient en mesure de relever le défi.

Autre piste à développer, les grains nobles confidentiels. Ils ont acquis une telle stature mondiale qu’il serait dommageable de ne pas les exporter durablement, donc sérieusement, et pas seulement à des doses homéopathiques.

Une telle réorientation nécessiterait évidemment une restructuration en profondeur de l’encépagement.

Ne serait-il pas indiqué de créer une société, une cave commune qui élaborerait des vins de grande qualité en quantité suffisante aux fins d’exportation ? Chaque encaveur, par adhésion volontaire, y contribuerait à raison d’un pourcentage de son aire viticole. Ceci n’est qu’un exemple parmi plusieurs solutions plus on moins contraignantes.

Les producteurs valaisans sont-ils assez visionnaires pour envisager des exportations au nom de tous, tous pour le Valais et non une addition d’individualités agissant individuellement ?

Le retour sur investissement serait de toute manière davantage payant qu’aujourd’hui, non seulement globalement mais pour chacun…individuellement!

 

Roland Puippe

1 avril 2009

Vieillir, c’est si bon

Classé dans : Général, Non classé — Mots-clefs : — Roland Puippe @ 14 h 08 min

Les vins valaisans ont-ils ce potentiel de vieillissement qui caractérise les grands crus?

A de rares exceptions près, le Valais en particulier et la Suisse en général, contrairement aux régions vitivinicoles réputées d’Europe, ont coutume de commercialiser les vins de l’année de production, voire d’une année supplémentaire pour les crus élevés en barrique.

Est-ce dire que la Suisse n’est pas en mesure de produire des vins de garde?

Certainement pas, de nombreuses dégustations ont prouvé le contraire et, depuis quelques années, plusieurs actions d’envergure sont menées afin de magnifier la noblesse des crus de notre pays.

L’oenothèque du Château de Villa par exemple, qui recèle la plus grande collection de vins valaisans, sélectionne régulièrement, par sa commission de dégustation, les vins à la promesse de garde, et procède à des achats circonstanciés en vue de créer une véritable bibliothèque des vins valaisans.

La Mémoire des vins suisses

Autre initiative d’importance, la création en 2002 de la « Mémoire des vins suisses » à l’initiative du journaliste spécialisé Stefan Keller, en collaboration avec ses collègues Andreas Keller, Martin Kilchmann et Susanne Scholl.

A ce jour, ils ont convaincu une trentaine de producteurs parmi les plus réputés de Suisse de participer à cette belle aventure en confiant à cette Mémoire soixante bouteilles par année d’un cru déterminé, afin de démontrer, preuves vivantes à l’appui, le réelle aptitude du pays à produire des vins de garde de grande noblesse.

Et, par le biais de ce trésor en constante augmentation, d’accroître la renommée des vins suisses dans notre pays et à l’étranger.

Une récente dégustation publique, à Genève, des vins de cette Mémoire suisse fut révélatrice du bien-fondé de l’initiative de Stefan Keller.

Et les Valaisans ne furent pas en reste, bien au contraire. Anne-Catherine et Denis Mercier (cornalin), Provins (Vieilles Vignes Maître de Chais, assemblage de marsanne, amigne, pinot blanc et païen), Domaine Cornulus (hermitage grain noble Octoglaive), Domaine du Mont d’or (johannisberg Saint-Martin), Simon Maye et fils (syrah) et Marie-Thérèse Chappaz (petite arvine grain noble) ont particulièrement réjoui les dégustateurs avec leurs millésimes les plus anciens, même si tous les millésimes ne vieillissent pas avec le même bonheur, constat d’ailleurs semblable dans toutes les régions vitivinicoles du monde ; la Mémoire des vins suisses permet de sélectionner les plus grands.

Absents lors de cette mémorable dégustation, deux autres Valaisans font encore partie de cette association : Rouvinez Vins (petite arvine Château Lichten) et Jean-René Germanier SA (Cayas, syrah).

Les vins des six régions vitivinicoles de Suisse sont présents dans la Mémoire des vins suisses.

Une entreprise comme la Mémoire des vins suisses incitera-t-elle davantage de vinificateurs (ils sont tellement peu nombreux) à entreposer une partie de leur production afin de proposer à la commercialisation des vins plus mûrs, plus profonds, plus complexes, des vins d’anthologie en quelque sorte?

Je le sais, le financement d’une telle opération n’est pas le moindre des problèmes.

Roland Puippe

17 mars 2009

Jean-Pierre Coffe ou le goût de bouchon

Classé dans : Non classé — Mots-clefs :, , — Roland Puippe @ 10 h 59 min

Question posée à Jean-Pierre Coffe par Stéphanie Germanier dans un récent Matin Dimanche : « pour arroser vos repas bon marché, on trinque avec quoi, de l’eau ? »

 

Réponse pour le moins béotienne de l’auteur du « plaisir à petit prix » : « en tout cas pas avec vos vins suisses qui sont hors de prix ».

 

Faut-il mettre ce trait d’esprit déplacé sur le compte de sa truculence coutumière, de sa gouaille franchouillarde ou sur une méconnaissance inquiétante des prix des vins suisses ? Toujours est-il que ce chroniqueur culinaire de renom, que j’apprécie beaucoup, dont le bon sens est rarement pris en défaut, a commis là un crime à la hauteur de sa réputation, c’est le camenbert qui dit au roquefort :  « ta gueule ».

 

Prenons, en commençant au sommet de la pyramide des vins, les crus haut de gamme. Jusqu’à preuve du contraire, ce sont les vins français qui sont hors de prix. A qualité égale -  eh oui, que vous le sachiez,  quelques vins suisses rivalisent avec les vôtres, mais en qualité seulement – les vins français se négocient souvent à plus du double, que dis-je du double, du triple, du quadruple du prix des vins suisses. Une syrah valaisanne de classe mondiale coûte entre 30 et 35 francs. Une qualité similaire de Côte-Rôtie vaut plus de 60 euros. Pour un gamay suisse digne d’un Fleurie ou d’un Saint-Amour, vous déboursez deux fois moins. Et les grains nobles ? Arrêtons le massacre ; touché, coulé !

 

Voyons maintenant les vins de classe moyenne. Dans cette catégorie, considérons le pinot noir et le chardonnay, pour ne prendre que ces deux cépages parmi les plus réputés de France. Dans le haut de gamme, la France est certes imbattable, prix et qualité. Mais dans la gamme moyenne, citez un pinot ou un chardonnay à moins de 15 francs ! Euro, peut-être!

  

Venons-en aux vins que Jean-Pierre Coffe désigne sous l’appellation « petit vin simple ». On en trouve, et des bons « vins de pays » à condition de les chercher, à moins de 8 euros. Qualitativement, ils ne sont pas éloignés des vins suisses vendus à un prix similaire.

  

Il est possible de trouver dans l’Hexagone des petits vins simples à des prix encore plus attractifs que la Suisse a peine à imiter. Mais, à ce stade, je préfère pasticher Coffe quand il parle de la bouffe, lui qui osait : « quand on congèle de la merde, on dégèle de la merde». Pour le vin ou son ersatz, c’est du pareil au même, et j’ose aussi : « quand on produit de la merde, on vend de la merde »,…à prix merdique!

 

 

Roland Puippe 

11 février 2009

Le sucre, c’est peut-être tendance mais qu’on le signale !

Classé dans : Non classé — Roland Puippe @ 14 h 50 min

Mais pourquoi donc de plus en plus de vins, qui n’ont pas la vocation d’être doux, révèlent-ils du sucre résiduel en quantité plus ou moins importante? Accident de parcours ou volonté du vinificateur ?

Questionnés, les responsables de caves répondaient invariablement que la fermentation alcoolique, faute de levures, avait cessé de transformer le sucre en alcool et que, malheureusement, il fallait s’en accommoder. Mais, depuis quelques années, ils sont de plus en plus nombreux à avouer que la présence de sucre dans le vin répond à une pratique délibérée, pour des raisons purement commerciales, jeunesse oblige.

Je veux bien, tous les goûts sont dans la nature, mais alors, de grâce, Mesdames et Messieurs les œnologues, maîtres de chais et autres directeurs de caves, trouvez un moyen sûr de faire savoir ce que contient le vin que vous vendez. Car, actuellement, sur le marché , c’est une vraie pagaille. Le seul moyen de s’en sortir, c’est la dégustation qui n’est possible qu’en cave ou en oenothèque, sinon c’est la Bérézina. Dans les commerces, il faut se fier aux connaissances trop souvent aléatoires des vendeurs. Au restaurant, s’il ne vous offre pas les services d’un sommelier digne de ce nom, c’est le hasard qui guide votre choix, tant la formation continue, voire la formation de base, du personnel est inexistante.

Les vignerons-encaveurs de Vétroz ont partiellement résolu le problème, depuis 2005, en rendant obligatoire la mention de sucre dans l’amigne de Vétroz AOC Valais pour tous ses membres (une abeille de 0 à 8 gr/lt de sucre résiduel, 2 abeilles de 9 à 25 gr/lt et 3 abeilles dès 25 gr/lt).

Un seul cépage dans une seule commune est donc au bénéficie d’une mesure favorisant le choix des consommateurs, c’est peu, vraiment trop peu !

Il fut un temps où le pourcentage de sucre résiduel dans la petite arvine, le johannisberg, le chardonnay et le chasselas, pour ne citer que les plus courants, était négligeable. Avec le siècle nouveau, cette présence a tendance à s’étendre dans tout le canton vinicole. Passe encore si la sensation de sucrosité est atténuée par une acidité suffisante, et là c’est parfois excellent comme dans certaines amignes, mais lorsque le vin « goyatze », ça devient franchement insupportable. Il s’agit là, j’en conviens volontiers, d’une appréciation purement personnelle qui n’engage évidemment que mon palais.

Mon vœu de consommateur le plus cher, que la profession trouve le moyen d’indiquer, sur le flacon qui me tente, non seulement la quantité de sucre résiduel mais une valeur traduisant la sensation de sucrosité du vin (équilibre sucre/acidité). Ça ne devrait pas être sorcier !

Roland Puippe